Courrier adressé aux principales têtes de liste aux élections municipales leur demandant de se positionner sur la reconstruction de l’hôtel de ville

Le 19 janvier 2026, l’association Annecy Patrimoine a adressé aux cinq principales têtes de liste des prochaines élections municipales un courrier concernant la reconstruction de l’hôtel de ville.
Nous leur avons demandé de prendre une position claire sur le déroulement du chantier et sur le parti pris architectural.
Pour l’instant seules deux listes ont réagi à notre courrier !
Voici la lettre :
Expéditeur : Association Annecy Patrimoine
Date : 19 janvier 2026
Destinataires : À messieurs les candidats têtes de liste aux élections municipales d’Annecy.
Objet : Votre position sur la reconstruction de l’hôtel de ville.
Cher Monsieur,
L’association Annecy Patrimoine a déposé un recours contentieux au tribunal administratif le 23 novembre 2023 contre le permis de construire de l’hôtel de ville.
La clôture de l’instruction a été prononcée le 9 décembre 2024. Depuis, trois courriers successifs ont été adressés au Tribunal administratif pour alerter de l’urgence qu’il y aurait de statuer. Mais le 9 janvier 2026 le tribunal administratif a de nouveau répondu « qu’en raison de l’encombrement du rôle, il n’est pas possible de prévoir actuellement la date à laquelle l’affaire […] pourra être appelée en audience ». Le Tribunal devrait statuer dans les prochains mois.
En mars prochain, il sera encore temps, pour la nouvelle équipe municipale, de redonner une direction au chantier qui ne dénature pas cet édifice classé comme remarquable.
Comme vous le savez sans doute, le permis de construire est entaché de graves irrégularités, notamment par rapport au règlement AVAP du site patrimonial remarquable (SPR) dans lequel l’hôtel de ville est classé comme édifice remarquable :
- Surélévation de la toiture
- Décroché des toitures(2,9 m entre les pans extérieurs et les pans intérieurs.
- Démolition d’une grande partie des façades de la cour intérieures, remplacées par une structure en poteaux béton.
Les coûts de reconstruction ont largement dérapé, passant de 22 à 35 millions d’euros.
Aujourd’hui, outre les dégâts, provoqués par les intempéries, consécutifs au retrait de la bâche en février 2025, les travaux de démolition des façades de la cour sont achevés.
Avant le 15 mars, notre association et de nombreux Annéciens souhaitent savoir ce que vous déciderez si votre liste remporte la majorité des suffrages.
- Vous maintiendrez le projet actuel en prenant le risque que la justice condamne la ville à faire démolir ce qui aura été construit illégalement et à faire reconstruire à l’identique.
- Vous renoncerez au projet initial en signant un permis modificatif qui respectera la réglementation avec une reconstruction à l’identique, notamment des façades de la cour ayant été détruites, non pas par l’incendie, mais volontairement par la municipalité actuelle.
- Vous proposerez une reconstruction, mais en déposant un permis modificatif qui prévoirait de remplacer les poteaux béton prévus, en contradiction flagrante avec le style architectural, par des galeries en péristyle sur un deux niveaux entourant la cour, à l’instar de ce qui avait été prévu à l’origine (cf. ci-après plan coupe de 1845).

Si vous vous prononcez en faveur de l’une de ces deux dernières options, l’association
Annecy Patrimoine prendra alors l’engagement de retirer son recours en contentieux.
Tout comme ce courrier, votre réponse sera communiquée à la presse.
En outre, si vous ne l’avez pas encore fait nous vous serions reconnaissants de bien vouloir signer notre pétition (mots clefs : Annecy patrimoine pétition hôtel de ville)
https://c.org/KTfVxTnKL5
Vous remerciant de votre attention et dans l’attente d’une réponse rapide, veuillez recevoir, cher Monsieur, mes salutations les meilleures.
Alain Bexon
Président

Le document suivant détaille les points de non-conformité relevés par l’association au regard du règlement du Site Patrimonial Remarquable (SPR) en zone AV3.
Synthèse des Illégalités du Permis de Construire (Hôtel de Ville d’Annecy)
1. Violation des règles relatives à la surélévation
En droit, le règlement applicable à la zone AV3 du règlement du SPR du règlement prescrit :
« 2 SURÉLEVATIONS, EXTENSIONS
Édifices remarquables ainsi que les bâtiments labélisés patrimoine XXème siècle répertoriés sur la carte du patrimoine : la surélévation et/ou l’extension sera traitée au cas par cas et sera accordée en fonction du projet présenté. Elle pourra être refusée si l’intégrité du bâtiment est mise en cause. »
Le règlement énonce en outre la règle suivante :précise également au point :
« 4-1 TOITURES Les toitures existantes seront conservées dans le respect des dispositions originelles, des pentes, des matériaux et des accessoires de toiture. »
En l’espèce : il ressort des plans figurant au dossier du permis de construire que la règle ci-dessus est méconnue à un double titre. […]
Ensuite, les plans de coupe montrent que la toiture présentera un décroché de 2,9 m entre la
pente donnant vers l’extérieur et celle aboutissant à la verrière qu’il est projeté de rehausser du
R+1 à la toiture […].
2. Violation des règles relatives aux ouvertures en toiture
En droit, le règlement applicable à la zone AV3 du règlement du SPR prescrit :
« Ouvertures en toiture :
Nouvelles lucarnes ou lucarnes refaites :
– Elles devront rester en pleine toiture et ne pas interrompre la ligne d’égout. Pour les
bâtiments ordonnancés elles doivent s’inscrire dans l’axe vertical des ouvertures de la
façade qu’elles prolongent.
– Elles auront une hauteur supérieure à leur largeur. Leurs dimensions seront inférieures à celles des ouvertures du dernier niveau. Interdit. les lucarnes doubles, les lucarnes dont les proportions ne respectent pas celles de la façade Les terrasses
créées dans les pentes de toit et les terrasses en excroissance sont interdites. »
Le règlement prévoit en outre :
« 4-3 OUVERTURES DANS LES FACADES
Les façades ordonnancées n’auront pas de nouveau percement (les fenêtres obturées
ou manquantes peuvent être rouvertes). »
En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que le permis de construire autorise la création d’un
« belvédère » en excroissance de la façade Est donnant sur le parc de l’Europe et de la toiture du
bâtiment (cf. productions n° 13, 14 et 18).
Cet ouvrage en saillie non seulement de la façade, mais aussi de la toiture, d’une longueur de 15
mètres, méconnaît plusieurs des règles précitées.
Il méconnaît en effet :
l’interdiction de ne pas interrompre la ligne d’égout du toit en présentant une surface vitrée d’une longueur de 15 m, l’obligation de s’inscrire
dans l’axe vertical des ouvertures en façade
l’interdiction de créer des terrasses dans la pente et en excroissance du toit
l’interdiction d’ouvrir de nouvelles fenêtres dans une façade ordonnancée, ce qui est incontestablement le cas de la façade est du bâtiment de l’hôtel de ville
Cette illégalité manifeste emportera donc l’annulation du permis de construire.
3. Violation des règles relatives aux façades
En droit, le règlement applicable à la zone AV3 du règlement du SPR prescrit :
« 4-2 TRAITEMENT DES FACADES — Conserver l’ornementation de la façade, les différents décors en relief (chaînes d’angle, bandeaux saillants, encadrements moulurés, appuis saillants, modénatures de briques…). La reconstituer là où elle a été détruite. »
En l’espèce, il convient de rappeler que l’immeuble existant comporte une cour intérieure
éclairée par une verrière.
Mais, il ressort notamment de l’avis de l’ABF qu’« une nouvelle structure intérieure
poteaux/poutres remplace les murs de refends endommagés » (cf. production n° 11).
Ce réaménagement est illustré par les perspectives intérieures (cf. production n° 12) ainsi que
les vue axonométrique (cf. production n° 16) évoquées ci-dessus.
Il résulte des plans que les façades intérieures entourant la cour intérieure seront purement et
simplement démolies et non reconstruites.
De sorte que cette structure poteaux/poutres méconnaît l’exigence de reconstituer les façades et
leur ornementation.
Nonobstant l’avis favorable émis par l’ABF, cette violation du règlement du SPR devra être
sanctionnée par l’annulation du permis de construire.
L’association souligne que malgré l’avis favorable de l’Architecte des Bâtiments de France (ABF), cette violation du règlement du SPR doit être sanctionnée par l’annulation du permis.
